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L’impact des troubles cognitifs chez les aîné·e·s : le cas de l’insomnie

Aujourd’hui, c’est la journée mondiale du sommeil ! Chaque année, elle nous rappelle l’importance de promouvoir un sommeil en santé, une composante de nos vies encore trop négligée. Dormir est un besoin qui joue un rôle vital pour notre santé mentale, cognitive, physique et relationnelle. Le sommeil nous permet d’avoir une meilleure concentration, une meilleure vigilance. Il a une fonction importante dans la consolidation de la mémoire et dans la résistance immunitaire. En avançant en âge, il devient cependant plus fragile. Ainsi, les personnes âgées sont souvent sujettes à des troubles du sommeil, l’insomnie étant celui le plus répandu.

Les liens entre l’insomnie et l’âge

« D’un point de vue biologique, il est normal d’observer des changements au niveau de son sommeil lorsqu’on vieillit. Cependant, dès lors que ce changement entraîne des plaintes, c’est qu’il y a potentiellement un problème. L’étape suivante est alors de déterminer s’il y a effectivement une pathologie du sommeil derrière ces plaintes. » explique Aurore Perrault, chercheuse post-doctorante au Laboratoire du sommeil, de la cognition et de la neuro-imagerie (SCNLab) dirigé par Dr Thanh Dang Vu, neurologue et chercheur au CRIUGM.

On observe chez les personnes âgées que les plaintes de sommeil sont particulièrement fréquentes. En dehors du vieillissement naturel comme facteur de risque, elles peuvent également être causées par un changement de situation comme un départ à la retraite ou un changement hormonal notamment chez les femmes pour qui les plaintes de sommeil augmentent avec la ménopause. Les cycles du sommeil sont alors perturbés notamment celui du sommeil profond, le plus réparateur et le plus impliqué dans la mémoire. La fragmentation du sommeil étant plus fréquente chez les aîné·e·s, ces derniers dorment moins et ont tendance à se coucher et se lever plus tôt.

Plus spécifiquement, l’insomnie, se caractérise par des difficultés à s’endormir, à maintenir le sommeil ou encore l’impossibilité de se rendormir. Elle est considérée comme chronique lorsque ces symptômes sont présents plus de trois fois par semaine, au minimum 3 mois et avec un impact sur le fonctionnement quotidien de la personne dans la journée (fatigue, problèmes de concentration, etc). À long terme, l’insomnie chronique peut augmenter le risque de développer des dépressions, des maladies cardiovasculaires, des problèmes de régulation émotionnelle et entraîner un plus haut risque de développer des démences. Il faut donc pouvoir intervenir rapidement et efficacement pour traiter l’insomnie de manière adéquate. 

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour réduire l’insomnie

Au niveau national, la population âgée québécoise est la plus grande consommatrice de benzodiazépine, un somnifère utilisé dans le traitement des troubles du sommeil. Or, s’ils soulagent temporairement les effets de l’insomnie, le sommeil induit par ces somnifères n’est en réalité pas aussi réparateur qu’un sommeil profond. S’ajoutent à cela des effets indésirables prononcés chez les aîné·e·es, comme la somnolence et un manque d’attention pouvant causer des risques de chutes graves voire mortelles.
Cette médication est donc à utiliser sur un court terme, en cas d’urgence.

« Parmi les traitements de l’insomnie, les approches non médicamenteuses s’avèrent être plus efficaces, indique Dre Aurore Perrault. Dans nos études, nous utilisons la thérapie cognitivo-comportementale pour l’insomnie (TCCi) auprès de personnes qui ont des plaintes d’insomnie chronique. Validée scientifiquement, la TCCi consiste à remplacer les mauvaises habitudes de sommeil des patient·e·s par de plus adaptées. Dans cette approche on travaille également sur les fausses croyances liées au sommeil, comme celle qui prétend que 8 heures par nuit sont nécessaires pour être bien reposé·e, quand les besoins de chacun·e sont différents. Nous voulons voir si cette approche peut améliorer leur sommeil, leur cognition et aider dans la prévention du déclin cognitif. »

Dans l’étude, les participant·e·s rencontrent un·e thérapeute à raison de 8 sessions de 90 minutes sur trois mois. Des enregistrements de l’activité du cerveau sont réalisés grâce à des enregistrements électroencéphalographiques (EEG) collectés lors de 3 nuits de sommeil au laboratoire.

De plus, avant et après la thérapie, les participant·e·s sont placées dans un scanner IRM afin de collecter des images du cerveau au niveau structurel et fonctionnel qui seront comparées à celles de participant·e·s « bons dormeurs ».

L’objectif ? Pouvoir identifier des marqueurs pertinents pour la prévention de l’insomnie et proposer des interventions plus personnalisées. L’emphase est également mise sur l’amélioration de l’hygiène du sommeil.

Des réflexes simples à adopter

Des actions peuvent être mises en place s’il y a des troubles du sommeil, notamment des stratégies comportementales pour changer ses habitudes. Parmi elles, la plus efficace est d’établir une régularité dans son sommeil en se levant et en se couchant à des heures fixes. Une alimentation équilibrée et la pratique d’une activité physique régulière sont également à intégrer.

Enfin, l’exposition au soleil le matin dès le réveil est très bénéfique pour les personnes âgées, notamment au niveau du rythme circadien, moins régulier avec l’âge. Horloge interne du corps, le rythme circadien détermine de nombreux processus biologiques dont le sommeil et est sensible aux éléments extérieurs tels que la lumière. Il fluctue ainsi tout au long de la journée pour nous inciter à rester éveillé·e en journée, à manger ou encore à se coucher la nuit venue. Comme le résume Dre Aurore Perrault, « Quoiqu’il arrive, le plus important est de parler avec son médecin dès qu’il y a des plaintes de sommeil. »

Entrevue réalisée par Brenda Pierucci, agente de communication


Seriez-vous interessé·e à participer à la recherche ?

Le laboratoire SCNLab évalue les effets de traitements de l’insomnie sans médicaments sur la santé du cerveau. Il est actuellement à la recherche de participant·e·s adultes jusque 65 ans souffrant d’insomnie, et il commencera bientôt le recrutement de personnes âgées de 65 ans et plus. Pour plus d’informations, vous pouvez contacter l’équipe par courriel à insomnia.concordia@gmail.com ou par téléphone au 514-848-2424, poste 2284.